Le syndrome du sauveur

 

Sauve moi mais en fait non

 

C’est un syndrome également connu sous le nom de co-dépendance, c’est une forme d’addiction. Quand une relation est basée sur le fait qu’on souhaite sauver l’autre personne. Sans aller jusqu’à l’addiction c’est un comportement assez courant dans notre société.

 

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Rick Astley le plus grand sauveur des années 80

 

 

 

Les causes: Souvent les enfants ont été parents de leur parents. Issus de familles où l’on doit jouer ce rôle envers un parent déficient, un frère ou une sœur, voir plusieurs personnes. Les sauveurs sont des personnes avec un profil empathique, hyper sensibles, épris de justice et d’harmonie. Face à des personnes dépendantes, qui manquent d’autonomie, les sauveurs sentent leur détresse et veulent leur venir en aide.

 

Les sauveurs ont pu assister aussi à des rapports de dépendances et de sacrifice de la part de leurs parents. Du coup aimer veut dire se sacrifier quoiqu’il arrive.

 

Les victimes se reposent immodérément sur une ou plusieurs personnes sans vraiment vouloir avancer et surtout c’est une dynamique récurrente. Il arrive même qu’elles ne formulent pas leurs besoins mais par leur comportement ou leurs plaintes, incitent les sauveurs à venir les aider.

 

Il y a une vraie différence avec une personne qui cherche sincèrement à évoluer et qui va faire apparaître avec le pouvoir de son intention les solutions/aides dont elle a besoin sur le moment. Avec ce genre de personnes, il y a un réel échange/ partage et l’aider n’est pas vécu comme une contrainte car la demande est ponctuelle, légère et non imposée. Elle ne se repose pas entièrement sur une personne et va trouver des aides adaptées et conçues pour elle.

 

On arrive à la dynamique du triangle de Karpman où les protagonistes prennent tour à tour les rôles de persécuteur, sauveur et victime:

 

Triangle de Karpman

Extrait de « boostez votre parcours professionnel avec le mind mapping »

 

Argument souvent entendu: « Oui mais si j’abandonne la personne, elle va sombrer! » Quoique vous fassiez la « victime » a une dynamique qui lui est propre, et souvent elle ne demande pas à être sauvée, elle veut juste que vous continuiez à alimenter le schéma sur lequel elle se repose depuis des années. On peut aller plus loin en parlant du fait que l’âme choisit la vie, les parents qu’elle va avoir pour expérimenter et apprendre. Dès le départ nous sommes créateur de notre expérience de vie. En jouant les sauveurs, on oublie le pouvoir créateur de chaque personne et on se substitue à elle, ce qui est quelque part un peu violent.

 

Exemple: Quand j’avais 35 ans, une de mes tantes m’a envoyé une photo d’un ingénieur célibataire qui fréquentait la même église qu’elle. Je ne lui avais rien demandé, ni émis quelconque plainte concernant mon statut. J’ai trouvé qu’il y avait manque de confiance total en la vie et en moi. Je me suis sentie aussi envahie et brutalisée, ça m’a rappelé le mariage forcé de ma grand mère vietnamienne et je me suis sentie chanceuse d’être en position de pouvoir décider de mon avenir…

 

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Le club de la chance

 

Ma priorité n’était pas de me caser selon ses normes à elle mais de rencontrer la bonne personne pour moi. C’était ça sinon rien. Imaginons une minute que je rentre dans son schéma. J’aurais été malheureuse et elle aurait trouvé d’autres raisons pour s’inquiéter.

 

Non seulement j’aurai fait un choix pour lui faire plaisir à elle mais en plus ça n’aurait même pas marché vu que ça ne me correspondait pas. En gros je me serais « sacrifiée » pour rien. J’ai aussi joué ce rôle de sauveur auprès de mes proches avec le même sentiment de départ: la peur, le manque de confiance en l’avenir et en la personne.

 

Dans la CNV (Communication Non violente), Marshall Rosenberg explique que ce qui n’est pas donné avec le coeur n’est pas bien reçu. Que le sacrifice n’est jamais bien reçu puisqu’il n’est pas donné avec des sentiments positifs.

 

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Après ce n’est pas facile de « lâcher » quelqu’un qu’on aime surtout quand on considère que la situation est dramatique.

 

Zorro est arrivééé!

 

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Alors pourquoi joue t-on ce rôle?

 

Les avantages d’être un sauveur:

 

-On se met en valeur, on a la vérité, en sauvant la victime on est quelqu’un de bien. On se sent utile.

 

-On sauve car on voit en la personne les problèmes qu’on aimerait régler en soi.

 

-On ne peut pas l’abandonner car ça fait de la peine de voir la personne comme ça.

 

Ça occupe, on manque de projets personnels dans la vie alors on s’occupe de celle des autres comme ça on ne voit pas que notre propre vie n’évolue pas.

 

Les Inconvénients:

 

Image associée« Vous serez digérés pendant 1000 ans!!! » Star wars

 

Pertes d’énergie, dépression, l’impression de se faire « bouffer ». On ressent un grand sentiment d’injustice. « Mais pourquoi la personne ne me donne rien en retour? ».

 

-L’agressivité envers la victime et/ou ceux qui n’aident pas s’accumule en nous car cette pseudo dette est injuste. La colère monte aussi car on constate que notre sacrifice ne sert pas à grand chose.

 

-La personne prend très mal votre ingérence et soit ne vous a rien demandé, soit ne partage pas votre vision de la situation. Bref même si vous avez raison, si la personne n’est pas prête à lâcher un schéma de sa vie, vos arguments  feront effets peut être dans l’avenir ou jamais.

 

Sortir du triangle et entrer dans le cercle

 

Mais alors que faire?

 

Vivre à fond cette expérience comme toute expérience humaine, elle permet de mettre en lumière ce qui est déséquilibré en nous.

 

Ces personnes peuvent nous renvoyer notre incapacité à écouter nos propres besoins et à nous mettre en priorité. Cela peut montrer une incapacité à recevoir. Il y a souvent en commun entre les deux protagonistes le manque d’estime personnelle.

 

Notre société est vraiment orientée dans cette notion d’oubli de soi, un système où l’on se nourrit les uns les autres avec plein de fausses obligations et de non dits. Que de besoins non assouvis et non exprimés qui se compensent entre eux avec une espèce d’uniformisation du bonheur. Au lieu d’être autonomes, uniques et partager de bons moments quand bon nous semble.

 

Se souvenir que la personne le vit avec sa propre vibration, c’est à dire qu’elle a besoin de le vivre pour comprendre quelque chose et qu’elle le vit mieux que vous.  On ne peut pas comparer une vie à une autre c’est impossible. Ce sont comme des éco-systèmes qui s’équilibrent de manières différentes. Vous c’est vous, l’autre c’est l’autre

 

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Récupérer son pouvoir et son autonomie. Se rappeler que la vraie empathie n’est pas la pitié, c’est de reconnaître  le pouvoir de la personne à gérer sa vie et sentir ses difficultés sans vouloir la sauver ni la juger. On peut être à l’écoute et aider s’il y a une demande mais il faut également respecter ses propres limites. C’est même mieux pour la personne qui, face à votre refus peut du coup se tourner vers quelqu’un qui serait plus apte à la guider ou décider de devenir plus autonome.

 

Donner l’exemple: plutôt que de se sacrifier et continuer cette chaîne infernale, se donner de l’amour, penser à soi, dire non quand on ne veut pas. C’est montrer aux autres qu’il existe une autre façon de faire. Et s’ils voient cela comme de l’ingratitude et n’arrivent pas à comprendre, c’est leur chemin. Se rendre malade pour les autres n’a pas de sens et ça ne fait pas remonter les personnes en difficulté. Il faut passer le cap quand on s’affirme de cette manière, car les personnes qui se nourrissaient de votre rôle jusqu’à présent essaieront de vous maintenir dedans ou au mieux finiront par s’inspirer de votre comportement. Et lorsque l’on donne, le faire vraiment avec le cœur, avec altruisme.

 

Un nouveau souffle

 

J’ai fait cette démarche depuis longtemps vis à vis de ma famille et de mes amis. Il restait une personne envers qui je sentais encore ce lien et la plus grande difficulté que j’ai éprouvé c’était de me détacher affectivement de la situation. Peut être parce que ma nature sensible me pousse à aider les autres. Mais aussi parce que c’est très difficile à vivre quand un proche souffre. Comme j’aime la personne je souhaite qu’elle soit heureuse et je sens au delà des mots ce qu’elle vit. Je la voyais aussi comme une petite brebis sans défense et c’est quand j’ai enfin perçu les autres facettes qui la composent que j’ai réalisé qu’elle choisissait vraiment ce qu’elle vivait.

 

J’ai compris qu’il fallait que je respecte son rythme, son chemin. Qu’il n’y a pas de chemin parfait, seulement des courbes qu’on suit comme on le souhaite. Que cette personne n’a pas les mêmes priorités que moi dans la vie, du coup ce que je considère comme insupportable ne l’est pas pour elle. J’ai exprimé avec le plus de douceur possible ce que j’ai vécu vis à vis d’elle et elle a pu en faire de même. Je me suis autorisée à être en colère, triste, manipulée et j’ai lâché.

 

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Je lisais à ce moment là le livre de Nicolas Bernard , co-créateur des 9 souffles , une méthode thérapeutique basée sur l’intelligence du corps, il nous offre une approche très intéressante et approfondie sur les dimensions de l’homme, de son potentiel de guérison naturel. J’ai eut une séance de soin avec lui et il a mis en lumière des blessures que j’avais toujours en moi sur ce rôle de sauveur face à des parents qui refusaient d’évoluer et qui ne laissaient pas de place en se disputant constamment. Je ne lui avais rien dit de tout ça mais il l’a senti en étant en contact avec les différentes parties du corps. Il m’a énoncé mon conte personnel et m’a permis d’accepter toutes les émotions associées. Je l’ai connu en faisant les cours de danse médecine avec sa femme Anne Ena Bernard, une approche basée aussi sur la libération émotionnelle à travers le mouvement libre du corps. J’ai été surprise par cette méthode à la fois libre et guidée, elle m’a permis d’explorer l’intelligence innée de mon corps et de mieux laisser aller les émotions bloquées, le tout sans utiliser le mental.

 

J’ai eut un vrai déclic en lisant ce passage :

 

Corps au coeur de l

 

« Aussi hostile et avide que soit l’entourage, il ne peut rien prélever en nous sans que nous donnions notre accord…C’est là que tout se joue!

 

(…) S’engage alors sur le plan vital, ce que l’on peut comparer assez exactement à une tractation de marchand de tapis. La marchandise vendue et échangée est celle de notre corps (…) « Maman, je veux bien te donner une partie de l’activité de ma jambe droite puisque tu n’es pas apte à gérer ta vie matérielle, mais en retour je veux:

 

1.Que tu veilles sur moi et que tu me nourrisses, c’est le minimum;

 

2. Que tu t’arranges pour que mon frère aîné se sente obligé de me donner une partie de l’activité de son poumon, puisque une conséquence du fait que je te donne un peu de ma jambe est que je risque de me sentir étouffé et donc de manquer d’air; (…) »

 

Quand j’ai lâché ce rôle, j’ai senti un flux d’énergie incroyable, une libération, un soulagement. Ma voix s’est amplifiée, elle porte plus loin quand je chante. Je prends vraiment plaisir à faire des choses pour moi et j’arrive à être plus dans le moment présent. Etant dans les soins et la recherche de bien être, je peux tomber facilement dans ce rôle si je ne suis pas vigilante et je sais que je n’en suis pas complètement sortie à l’heure actuelle. Les vieux réflexes et le subconscient sont très puissants. C’est comme toute guérison, ça prend du temps et on découvre des couches et sous couches régulièrement. Ça s’améliore au fur et à mesure.

 

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Certains proches sont restés dans mon entourage, d’autres sont plus distants car notre façon d’être est différente. L’amour est là mais je ne force rien. Et je rencontre des gens qui correspondent à ce que je suis aujourd’hui et je sais que le cercle va continuer à évoluer avec moi.

 

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Sortir du triangle c’est rentrer dans le cercle vertueux collaboratif, où les différences sont respectées et se complètent. Où l’on choisit sa destinée et les gens avec qui on veut partager.

Vous êtes parfaits, même quand vous pensez que vous vous plantez

https://kayapinri.wordpress.com/2017/04/19/le-syndrome-du-sauveur/

Et vous ? avez vous été le parent du parent ? Bonne journée Amicalement