Où est passée la poésie?

 

 

La revue Le Crieur propose une réflexion sur l'invisibilité de la poésie dans l'espace médiatique et intellectuel français.

 

Photo prise le 22 novembre 1955 à Paris de Minou Drouet, alors âgée de 8 ans en train d'écrire. Née en 1947, Minou Drouet est le plus jeune écrivain à avoir publié des poèmes avec son recueil de 1955.

 

Et oui pour une fois, car c’est rare et l’article que je m’apprête à vous résumer parle précisément de ça. Cet article s’intitule “Où est passée la poésie française - portrait d’un univers paradoxal”, il est signé Anne Dujin, elle est sociologue et a écrit elle même de la poésie, et il est paru dans le dernier numéro de la Revue du Crieur, éditée par Médiapart et les éditions La Découverte.

 

Le constat premier est donc celui d’un paradoxe, celui d’un certain succès de la poésie en tant que pratique, mais d’une quasi absence sur la scène médiatique et sur le marché de l’édition. Jean-Pierre Siméon, directeur du Printemps des poètes le constate: “l'intelligentsia refuse de voir la poésie”, il y a donc en premier lieu un procès dressé aux médias, qui renonceraient à lui assurer une existence sociale.

 

Alors comment expliquer cette absence dans l’espace public de la poésie? Il y a une question éditoriale. La poésie, et en particulier la poésie contemporaine représente une part minuscule du marché du livre. Les gros succès de vente sont des recueils de classiques (Alcool d'Apollinaire) ou des rares poètes contemporains qui soient populaires ou un peu étudiés à l’école (Yves Bonnefoy). Cela tient également à ce que représente aujourd’hui le poète, longtemps intégré dans la place publique, que l’on pense à Hugo, ou aux poètes engagés dans la Résistance, ils sont aujourd’hui absents, comme désengagés du monde. A la fin de son article Anne Dujin distingue deux postures, une distinction d’ailleurs assez classique, les néo-lyriques comme Jacottet ou Bonnefoy qui entendent dire le monde, relier quelque chose du monde et du langage dans l’écriture poétique, et les formalistes, ceux pour qui la rupture entre la langue et le réel est consommée et définitive. Pour ces formalistes, point de posture publique possible. Autre hypothèse, celle d’une méconnaissance profonde et réciproque des mondes poétiques et journalistiques, qui fait que la poésie a fort peu de places dans les médias et les journaux français, contrairement aux médias anglo-saxons par exemple, qui publient volontiers de la poésie, on pense au New Yorker. Il y a aussi, et c’est intéressant, “le paradoxe des poètes non lecteurs” : beaucoup de Français pratiquent la poésie, notamment via les réseaux sociaux, mais cette pratique ne s’appuie pas sur des fondations théoriques ou sur une curiosité pour la création contemporaine. Finalement Anne Dujin conclut avec espoir, rappelant que le roman a connu une crise profonde dans les années soixante, et qu’il en est sorti finalement. La réflexion est dense et pose à la fois des enjeux économiques, sociaux, et esthétiques, peut-être pourrait-on ici commencer par poser la question à vous critiques littéraires: pourquoi parle-t-on aussi peu poésie dans les journaux et les émissions français ?

 

 

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